Notre ancien élève Romain Ferrat dans le documentaire « Avec ou sans accent » de Vincent Desombre

Attention cette nuit à 00h15, France 3 diffuse le documentaire « Avec ou sans accent » réalisé par Vincent Desombre. Le réalisateur a cherché à savoir si avoir un accent était un handicap, ou pas. Pour y répondre il est allé à la rencontre d’hommes d’affaires, d’homme politiques, de comédiens ou encore de journalistes, dont notre ancien élève Romain Ferrat qui a vécu la douloureuse expérience de voir ses commentaires effacés sur certains sujet pour être ré-enregistrés « avec un accent neutre ».

Pour l’ECS-IEJ, Vincent Desombre a répondu à trois de nos questions.

Comment vous est venue l’idée de « Avec ou sans accent » ?

L’idée du film m’est venue parce que je viens d’une région où l’on dit que je n’ai pas d’accent. Quand je suis arrivé à Marseille, j’ai été passionné… J’adore entendre les gens qui ont l’accent et c’est quelque chose de l’ordre de la fierté. En général on est fier de sons accent.
Je me suis rendu compte en tournage que les gens étaient gênés par leur accent. On m’a dit : « moi je ne peux pas parler, j’ai l’accent ». J’ai rencontré des personnes qui m’ont raconté qu’étant jeunes, elles avaient pris des cours pour à apprendre à dire correctement «  la rose » et pas comme on le prononce à Marseille. Il y a quand même une discrimination à l’accent.

J’ai constaté que sur les médias nationaux, il y a très peu de gens qui ont un accent régional : le JT de 20h, sur les ondes des grandes radios… Mises à part les émissions de cuisine ou la météo, très peu de gens ont l’accent.

Comment avez-vous rencontré Romain Ferrat, ancien diplômé de l’IEJ ?

Partant de ce constat que peu de personnes avaient l’accent dans les médias, je me suis dit que ce n’était pas seulement anecdotique, qu’il y avait un malaise. Alors j’ai contacté des écoles de journalisme.

je suis venu ici, j’ai rencontré Jean Louis Pacull [NDLR : Directeur pédagogique de l’Institut Européen du Journalisme à Marseille] et lui ai demandé quand vous rencontrez quelqu’un qui a un peu l’accent, lui conseillez-vous de le perdre ou pas ?

Le sujet est un petit peu taboo, on en parle pas trop car on peut très bien réussir avec son accent ; Jean Louis a un accent. Il m’a rappelé et m’a conseillé de rencontrer un élève super appelé Romain et qui a un accent prononcé. Romain m’a raconté le stage qu’il avait fait sur une antenne nationale. Ses commentaires ont été ré-enregistrés parce qu’on lui a dit qu’il avait un accent trop marqué.

A partir de là, j’ai décidé de le suivre mais aussi d’autres étudiants qui faisaient du théâtre ou étaient dans le commerce, qui se trouvent dans le dilemme : est-ce qu’ils continuent à garder leur accent en sachant qu’ils vont moins bien réussir que les autres ou au contraire, vont-ils renoncer à leur accent ? Vont-ils gommer corriger leur accent ou le garder ?

Avez-vous des anecdotes à nous partager à ce sujet ?

J’ai rencontré plusieurs politiques pour savoir si l’accent était gênant ou pas. Par exemple, Jean-Claude Gaudin, Patrick Menucci et plein d’autres qui m’ont dit qu’ils en étaient fiers, qu’il n’y avait pas de problème, qu’il fallait l’assumer ; c’est le discours que l’on entend assez souvent et j’insiste en demandant si à certains moments cela ne les a pas gêné.

Et en partant il [NDRL : Jean Claude Gaudin] me dit : juste une fois à l’Assemblée Nationale, lorsque je suis arrivé en 1978, on m’a traité de député pizzaïolo par ce j’avais avait l’accent. J’ai trouvé ça révélateur. Pour lui c’est plutôt gênant de dire que l’on a été victime d’un racisme donc c’est un sujet que l’on ne dit pas facilement parce que c’est une forme de discrimination. J’ai eu la même chose avec Marie Arlette Carlotti qui m’a dit qu’il n’y avait pas de problème et qui m’a rappelée en disant : « ah on se moque de moi parce que j’ai l’accent… quand on est une femme politique avec un accent, on vous attend plus comme comique que femme politique, ça ne fait pas sérieux quand on a l’accent. »

 

 

JE M'INSCRIS ! >